A.S.B.G. et Rustica,

pour l’amour du goût

 

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Quand tu joues à l’A.S.B.G., à observer le sérieux imposé (presque) à coups de tatane par l’équipe dirigeante, on se risquerait presque à croire que l’alimentation est également regardée de près, comme une façon parmi d’autres de maintenir la troupe dans des conditions optimales de forme. Que nenni. S’il y a une diététicienne dans ses rangs, elle a dû mourir de soif quelque part près du bungalow en tôle qui abrite le matos d’entraînement, enfouie entre une pyramide de cônes, des filets troués et un morceau de porte dédicacé par Momo. Ainsi, plutôt qu’une assiette de pates ou du riz, le tout savamment pesé au gramme près, il n’est pas rare que le Président Thébault fasse crisser ses baskets défoncées (sur lesquelles des socquettes blanches sont délicatement posées) pour acheter à ses ouailles (qui auront quand même, sauf anniversaire, payé leur dû) quelques pizzas du côté de l’enseigne qui, comme dans un mariage de raison, est devenue cette saison le sponsor du club. Jean l’asocial, Jean de Bavière, Jean le cocobat (maintenant, malgré Google image, tu vas oser me dire qu’il n’y a aucune ressemblance), Jean le rustique donc, qui met ses pas dans ceux de la Rustica, en somme un pacte qui fleure bon une logique aux fragrances de sauce tomate et basilic.

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Sans vouloir trahir un secret, remarquons que dès que le resto ouvrit ses portes, il fut là, comme un veilleur de jour, à nourrir, entre deux agglos posés et le visage maculé de plâtre, les germes d’une relation qui allait, peu de temps après, se matérialiser par des maillots aux couleurs d’un Fanta. Si on ne sait toujours pas qui a volé l’orange du marchand, on sait désormais reconnaître de loin les joueurs de l’A.S.B.G. Quant à la carte, c’est bien simple, il l’a connaît par cœur, lui qui aime faire sienne l’appellation donnée à l’une des pizzas proposée, celle qui répond à la drolatique expression bien connue des parents, la « Tais-toi et mange« , qu’il a naturellement transformée en un « Tais-toi et joue« . Que l’on vienne le chauffer sur une question de culture G, sur la couleur du cheval blanc d’Henri IV, et, de son regard noir, il vous fusillera, ajoutant, après s’être allumé une Marlboro : « Je te prends quand tu veux au Rustica Quizz !« . « Un quoi? » lui répond l’autre, aussi interrogatif qu’une poule façon à une petite cuillère. « Un Rustica Quizz! Vas-y, allez, demande-moi ce qu’on trouve dans la Tropeana, hein, vas-y, j’suis sûr que t’en sais rien« . Alors, dans le confort de son cocon encore naissant, il invente des questions, utilise ses compétences de génie informatique pour penser à une nouvelle appli’ qui ferait sensation de la Moselle-Est à la Sardaigne. Sa trouvaille, il n’en lâche que quelques bribes et encore, à ses plus fidèles sous-fifres, ceux-là même qui, les uns après les autres, sentent la mort venir mais d’abord la bague au doigt : « Tiens, par exemple…TOP ! Je suis une pizza dont le nom correspond à un joueur de foot professionnel, un joueur sud-américain évoluant dans le championnat de France, qui a une coupe de mec qu’on peut voir au club 33, et qui est juste un tout petit peu plus technique que moi…je suis…je suis…« . Et Scangare à ceux qui ne sauraient pas répondre au test de Jean Lepers, car il risquerait, en guise de mesure de rétorsion, de troquer les savoureuses pizzas au feu de bois contre 10 cartons de produits surgelés, vous savez, ceux avec le jambon en dé d’un centimètre carré, le gruyère (une infamie), la sauce transparente et la pate en BA13. Des idées, vous le savez, preuve en est le dynamisme de son association, il en a à foison. Déjà, le week-end de préparation dans les Vosges se profile qu’il imagine un « pizza pong ». Au blond à bouclettes qui sera sans doute père dans les deux ans, il confie : « Imagine. On se met à une distance de 30 mètres. On dispose une dizaine de cartons de pizzas et le type, il doit réussir à ce que sa balle atterrisse direct dans le carton. S’il y parvient, bam, son adversaire doit se taper la pizza en entier et la terminer dans la minute. S’il ne le fait pas, on le jette dans les ronces pour qu’il se fasse bouffer par un ours. Oui, il y a des ours dans les Vosges!« .

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C’est que ses sponsors, il les chérit. Vraiment. Ce n’est pas qu’une simple relation commerciale, comprenez « intéressée », où l’un paye pour être vu, urbi et orbi, tandis que l’autre n’attend que son jeu de maillots à dégueulasser dès le dimanche suivant. Non, le dessein est plus noble, et, même si l’on a du mal à se l’imaginer au travers de celui qui a inventé l’expression « avoir une barbe de quinze jours », c’est l’humanité qui se manifeste sous les traits de cet homme qui ferait passer François Fillon pour un showman du Jamel Comedy Club. Tenez, s’il venait par exemple aux tenanciers de la Rustica de déplacer l’une des photographies murales rappelant la besogne d’anciens transalpins, clichés d’un autre temps emplis de nostalgie, et ce, ne serait-ce que d’un centimètre, nul doute qu’il le remarquerait. La cuisson ? même topo, il a un chrono dans la boîte crânienne. L’état de sa carte de fidélité (sa 57e carte de fidélité pour être précis) ? Il la connaît mieux que les prénoms de ses propres joueurs. Vous l’aurez compris, entre un Président gourmet et un resto d’amateurs de football, ce n’était qu’une question de temps. Le temps d’ingrédients que l’on choisit avec soin, presque avec amour, le temps d’une pizza que l’on prépare puis que l’on déguste entre amis ou en famille. Et au diable les poignées d’amour…

By Maître Renard

[Sponsor] Pizzeria La Rustica