A.S.B.G. 2 : G.I. Jo(e) et les Expendables

en mission commando

Il a rangé ses crampons. Définitivement dit-il. Un problème de genou. L’appel du terrain faisant, il a viré ses protège-tibias et ses maillots du Milan pour un treillis. Devenu coach adjoint de l’équipe réserve, Jonathan Tabbone , patron des G.I. Joe, est en mission. Pour la mener à bien, il sait compter sur ses jeunes loups, mais aussi sur les grognards, ceux qu’à Betting comme à Guenviller, l’on appelle les Expendables.

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Plan fixe sur un tabouret. Une rangers s’y pose virilement. On voit des mains faire les lacets de la godasse aussi promptement qu’un boa gobant sa proie. Le type a des pognes taillées dans un chênes. On ne perçoit rien d’autre que ses doigts de mastard, mais on l’entend. Il se racle la gorge avant de balancer un molard sur le sol poussiéreux. La caméra remonte lentement, tandis qu’en fond sonore, l’on perçoit la gravité d’une basse qui lâche quelques notes répétitives, lourdes, pesantes, prélude d’un film que l’on devine interdit aux moins de 12 ans. Elle s’arrête devant un visage sévère, faisant face à un miroir en partie brisé. Grave, l’homme que le spectateur découvre, passe la main dans une barbe de deux semaines. Sous chaque œil, deux traits parallèles habillent cette gueule qui ne sourie pas. Des peintures de guerre. « C’est l’heure » dit-il. Lui, a répondu à l’appel, sans hésiter. Lui, sait que la montagne est haute et escarpée, qu’à chaque buisson, derrière chaque arbre, se cachent les mille et une entraves à sa mission. Mais il sait aussi que les plus beaux combats sont ceux arrachés dans la crasse et la douleur. Alors, quand le général Bourg fait appel à ses services, il n’hésite pas. L’équipe B de l’A.S.B.G. est mal en point. En bas du classement, dans les tréfonds du championnat de 3e division, elle n’a jamais vu de si près l’ascenseur, signe de défaite. Qu’importe. Il se dit que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et jamais, au grand jamais, il ne faut renoncer avant d’avoir vidé tout son chargeur.

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Nous sommes aux aurores du mois d’avril de cette saison 2016-2017 et le moral des troupes est en berne, malgré le soleil qui darde à nouveau ses rayons de lumière. Depuis janvier, la formation qu’il aura en charge de remobiliser est en chute libre. La tête dans le sac, un sac lesté de pierres où les défaites s’accumulent. Sa feuille de route est punaisée sur un tableau. Cinq matchs à disputer, cinq matchs pour relever la caboche, cinq matchs pour espérer et ainsi se sortir de la vase. G.I. Jo(e) ne part pas rien. Des soldats, il en a. Les mines basses, il importe avant tout de parler, de souffler sur les braises de la révolte. Dans la caserne, après les mots du général, il se présente, expose sa mission à des oreilles qui n’ont plus perçu depuis des semaines le doux chant de la victoire. Il en appelle à la responsabilité de chacun, leur dit que rien n’est perdu, qu’il faut avoir la foi. Dans une exhortation quasi christique, il leur parle de chemin à emprunter dès aujourd’hui, dès cet entraînement, dès cette sortie de vestiaire. Aux plus jeunes en plein doute, il se veut rassurant, leur dit qu’ils sont l’avenir du club, que le tragique n’est pas de tomber, mais de ne pas se relever. Il leur dit surtout qu’il n’est pas venu seul et que, lorsqu’on lui proposa de relever le défi, il avait posé comme unique condition d’appeler en renforts des anciens qu’il avait connus lors des combats d’antan, sous d’autres latitudes. Gracieusement, parce qu’ils entendaient ainsi prouver aux nouvelles recrues que c’est dans les vieilles gamelles qu’on fait les meilleures soupes, ceux-ci avaient accepté d’aiguiser une nouvelle fois leur coupe-coupe, d’astiquer leur calibre et d’enfiler leurs habits qui en avaient vu d’autres. Tour à tour, ces vieilles gloires à la gueule de l’emploi font leur apparition. Sylvester Siracusa, Harrisson Laachir, Weslsey Renard, Jet Rahimi, Antonio Leydinger, sans oublier Arnold Schwartzenbischoff, apparaissent, muscles saillants, tantôt cigare aux lèvres ou mâchouillant un cure-dents, mais chaque fois avec une gueule patibulaire pour que t’imprimes bien qu’ils ne sont pas là pour jouer. Une fois les présentations faites, G.I. Jo(e), baguette à la main, détaille par le menu le plan de guerre, toujours sous le regard sérieux et consentant du général. Avant de conclure :

Messieurs, j’ai décidé d’appeler cette mission commando l’opération pastasciutta. Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire. Rompez« .

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Première étape : Cappel, second au classement. Un bon élève qui a envie de monter en grade. L’année passée, ceux qui n’étaient pas encore sous son commandement avaient vécu une après-midi délicate. Bougés dans les grandes largeurs, ils s’étaient fait étriller sur le score sans appel de 3 à 0. Cette fois, plus question de jouer les victimes désignées. Et ce mélange de jeunes pousses à la gâchette facile et d’anciens roublards aux capacités éparses vont faire déjouer leurs adversaires. Si la victoire ne vient pas solder une lutte de chaque instant (2-2), sur son banc, le général Bourg et le patron des G.I. Jo(e) ont les poils dressés. Ils sentent quelque chose, non pas l’odeur du sang, mais celui de la sueur. Qu’est-il en train de se produire? Sont-ce les derniers soubresauts de mourants ou, au contraire, le réveil des morts-vivants ? Pour le savoir, il ne faut qu’une seule chose : confirmer. Et quand la prochaine étape de l’opération se joue sur les terres d’un autre candidat à la charrette, cet impératif a tout du combat à mort. Alors le général harangue sa troupe, G.I. Jo(e) bouscule les doutes, avant que Wesley Renard, dans un cercle de corps et de regards déterminés, en appelle à la beauté d’une fraternité guerrière. La basse, avec ses quelques notes solennelles, se fait à nouveau entendre. D’ici quelques instants, la caméra révélera au spectateur chaque coin du terrain devenu ce bourbier où chacun des soldats portera haut ses couleurs. Face à un adversaire coriace, partageant ce souci de vendre chèrement sa peau, il n’y aura pas de répit, même sous une chaleur qui accélérera l’usure des corps. Jusqu’à la dernière seconde, ce 2e round restera indécis, car il semble écrit que rien ne sera facile, que tout sera arraché avec les tripes. Au coup de sifflet final marquant la première victoire de l’année de la réserve de l’A.S.B.G., il y a plus que de la joie. Il y a un espoir qui prend – vraiment – forme. A l’instant où vous lirez ces lignes, l’opération pastasciutta est en cours. Nul ne sait si le général Bourg, G.I. Jo(e), les Expendables comme les premières classes continueront leur marche vers la victoire finale. A chaque dimanche sa bataille, tel est devenu le seul credo. Qu’un seul tienne et les autres suivront.

By Maître Renard

 

 

[Article] L’équipe B en mission